A l’OMC, l’apnée de Ngozi Okonjo-Iweala se poursuit

A l’OMC, l’apnée de Ngozi Okonjo-Iweala se poursuit


Elle aurait pu être, après l’élection de la nouvelle vice-présidente américaine Kamala Haris, un autre message d’espoir envoyé en direction des femmes et des minorités dans le monde. Mais la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala devra s’armer de patience.

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a récemment annoncé le report de la réunion qui devait désigner son nouveau directeur général. Prévue pour se tenir, ce lundi 9 novembre, la rencontre aura officiellement fait les frais de la Covid-19. 

«Il a été porté à mon attention que, pour des raisons incluant la situation sanitaire et les événements actuels, les délégations ne seront pas en mesure de prendre une décision formelle le 9 novembre.» 

a ainsi déclaré le président du comité de sélection de l’OMC.

Une énième décision qui prolonge le feuilleton qui se joue actuellement à la tête de l’organisation en charge du règlement des litiges commerciaux entre les nations. 

Annoncée en mai dernier, la démission du Brésilien Roberto Azevedo a un an du terme de son mandat ouvre la course à sa succession. 8 candidats sont alors en lice : trois Africains, deux Européens, deux Asiatiques et un Latino-américain. Le sprint final opposera deux femmes : la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala et la Sud-coréenne Yoo Myung-hee. La première connaît bien le système américain : ancienne étudiante de Harvard puis du Massachusetts Institute of Technology (MIT), elle a travaillé une vingtaine d’années à la banque mondiale avant de prendre le maroquin des finances de son pays, le Nigeria entre 2003 et 2006. A la tête de ce ministère, elle réduit de 75 % la dette nigériane de 30 milliards de $. La seconde est quant à elle, l’actuelle ministre du commerce de son pays et la première femme à occuper ce poste.

Au terme du processus de sélection, c’est la Nigériane qui a la faveur des pays membres. Ayant bénéficié d’un large soutien parmi les pays membre de l’organisation, elle a réuni le soutien de 26 délégations sur les 27 chargées de désigner le nouveau numéro un de l’OMC. La suite devait normalement relever des formalités pour cette Nigériane de 66 ans aux brillants états de service. Mais l’opposition américaine à sa nomination vient enrayer le processus, car le directeur général de l’OMC est élu par consensus. 

Du côté des USA, on explique ce veto par la nécessité d’avoir à la tête de l’organisation, un spécialiste du commerce international. «L’Organisation mondiale du commerce a grand besoin de réformes en profondeur qui doivent être menées par quelqu’un qui a une vraie expérience en la matière» déclarent les Américains. Ces derniers ont donc préféré miser sur l’autre finaliste du processus de sélection : Yoo Myung-hee.

Mais le veto américain passe mal auprès des autres pays et certains analystes, dont ceux du Wall Street Journal, y voient un moyen pour Donald Trump de paralyser une institution contre laquelle il a une dent. Ces derniers rappellent que l’an dernier déjà, l’administration Trump avait bloqué la nomination des juges à la chambre de règlement des litiges. Ceci avait entraîné la paralysie de fait de cet organe destiné à trancher les différents commerciaux entre membres de l’OMC, car le quorum pour siéger ne pouvait être atteint.

Pour d’autres, une autre piste de lecture serait de voir dans cette posture du président sortant la volonté de s’assurer un allié dans la guerre commerciale qui l’oppose à la Chine. En effet, la Corée du Sud, partenaire de longue date des USA , et elle-même affichant des désaccords avec Pékin, est susceptible de s’aligner plus facilement sur les positions de Washington. 

Mais Ngozi Okonjo-Iweala n’a pas des adversaires que dans l’administration Trump. Ainsi certains lui reprochent sa gestion pendant son passage à la tête de l’économie nigériane. 

«Elle a peut-être adopté quelques réformes sur la transparence, mais près d’un milliard de dollars disparaissaient chaque mois des caisses de l’État quand elle dirigeait les finances. C’est une honte qu’elle puisse même être retenue pour ce poste à la tête de l’OMC.» 

a affirmé au Monde Sarah Chayes, qui a rédigé l’ouvrage “Thieves of State”, sur la corruption internationale.

Si aujourd’hui l’OMC dans l’impasse quant à la désignation de sa nouvelle directrice générale, les lignes ont bougé ces derniers jours. En effet, Donald Trump a perdu le scrutin de sa réélection. Son futur remplaçant, Joe Biden, a déjà annoncé son intention de revenir dans l’accord de Paris, remettant en cause l’une des grandes décisions de Donald Trump. D’une façon générale, Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama, affiche une posture plus favorable au multilatéralisme et tâchera certainement de se démarquer de la posture adoptée par les USA pendant les 4 dernières années. Adouber Ngozi Okonjo-Iweala, serait donc une façon de renouer avec la marche normale du monde. À moins que les intérêts américains ne priment encore une fois et qu’une petite dose de “l’America first” survive à son promoteur.

Aaron Akinocho

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La rédaction

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