Young Leaders AfricaFrance : ce qu'ils veulent et rêvent pour l'Afrique

Young Leaders AfricaFrance : ce qu'ils veulent et rêvent pour l'Afrique

ENTRETIEN. Au cœur de la motivation des Young Leaders, des solutions aux problèmes africains, mais aussi un idéal pour le continent. Illustration. Lors de leur séjour parisien du 3 au 5 juillet 2017, en attendant les étapes africaines du début de mois d’octobre (Abidjan, Nairobi, Tunis), les 20 membres de la première promotion des Young Leaders ont visité 18 lieux, rencontré 80 intervenants et échangé… Voir l’article

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ENTRETIEN. Au cœur de la motivation des Young Leaders, des solutions aux problèmes africains, mais aussi un idéal pour le continent. Illustration.
Lors de leur séjour parisien du 3 au 5 juillet 2017, en attendant les étapes africaines du début de mois d’octobre (Abidjan, Nairobi, Tunis), les 20 membres de la première promotion des Young Leaders ont visité 18 lieux, rencontré 80 intervenants et échangé pendant 66 heures. De quoi mieux se connaître, se réunir, et également faire des rencontres exceptionnelles avec des personnalités du monde de la politique, de l’économie et de l’entreprise au cœur des relations entre la France et l’Afrique. Au-delà des maîtres mots que sont le partage, l’écoute et la co-construction, les Young Leaders ont posé les jalons des réseaux solides à constituer, entamé la construction commune d’un certain leadership et expérimenté des échanges de haut niveau pour une Afrique durable. Quatorze d’entre eux* ont répondu à deux questions du Point Afrique :
– En quoi pensez-vous que votre projet va enrichir l’Afrique ?
– En quoi consiste votre idéal africain ?
Voici le verbatim des réponses des Young Leaders AfricaFrance :
* Yvonne Mburu, Kenyane
Fondatrice et directrice de Med In Africa, entreprise pour connecter les acteurs de santé (médecins et chercheurs) de la diaspora avec leurs confrères et consœurs sur le continent, elle a 35 ans.

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Yvonne Mburu © Picasa

1/ La pénurie de ressources humaines qualifiées en santé et en sciences est l’un des principaux obstacles à la réalisation d’un développement durable en Afrique. Or, la main-d’œuvre qualifiée de l’Afrique existe ; elle est éparpillée à travers le monde. Mon projet vise à affronter le problème de la fuite des cerveaux en utilisant des technologies digitales, à créer des communautés mondiales de connaissances entre scientifiques africains et professionnels de la santé. Je crois fermement à la capacité des Africains à façonner le destin de l’Afrique. Med In Africa s’engage à impliquer les Africains et les amis de l’Afrique dans un partenariat favorisant la confiance et la collaboration pour une croissance équitable et durable. À construire l’avenir que nous voulons.
2/ La richesse de l’Afrique réside avant tout dans son peuple. Ce sont eux qui tiennent les promesses de croissance et alimentent le potentiel de l’Afrique d’être un géant du XXIe siècle. Ceux qui vont conduire l’Afrique à sa grandeur sont ceux qui assument cet énorme fardeau de responsabilité et le saisissent sans crainte ni inquiétude. Ils connaissent leur histoire, les courbes et les contours de leur patrimoine. Ils contextualisent les défis actuels et ils s’orientent résolument, avec impatience et conviction, vers les solutions. Leur héritage inspirant la fierté et la passion, ils se lèvent aujourd’hui, clament haut et fort leurs racines africaines, et, tournés vers l’avant, prennent leur place parmi les grandes civilisations.
* Emmanuel Leroueil, Franco-Rwandais
Directeur général Afrique centrale de Performances Group, cabinet de conseil en management stratégique, il a 29 ans.

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Emmanuel Leroueil © DR

1/ Mon projet porte sur un triple défi de renouvellement : renouvellement des cadres conceptuels sur les problématiques de développement en Afrique ; renouvellement des pratiques de gestion des administrations publiques qui ont un rôle stratégique pour impulser ces politiques de développement ; renouvellement des approches d’investissements et de gestion par la performance des entreprises africaines, qui in fine créent les richesses et les emplois dont l’Afrique a besoin. Ces défis sont ceux de toute une génération. Nous avons la chance de le faire à une époque où la technologie a fait des progrès qui ouvrent de nouveaux champs du possible ; où l’épargne privée dans le monde n’a jamais été aussi élevée et à la recherche de nouvelles opportunités de placements. En tirant des leçons des erreurs commises par le passé, en nous inspirant de ce qui a bien marché ailleurs et en faisant preuve d’imagination, nous avons toutes les cartes en main pour ouvrir de nouveaux horizons qui bénéficieront au milliard et demi de personnes qui peupleront l’Afrique en 2050.
2/ Mon idéal africain est celui d’une Afrique intégrée à son époque, qui bâtit des relations politiques, économiques, culturelles et sociales avec les autres parties du monde sur un pied égalitaire et pacifique et dont la population bénéficie des fruits d’une prospérité équitablement partagée. Mon idéal africain est celui d’un continent qui a su trouver en lui-même les ressources nécessaires pour bâtir de nouveaux modèles de développement, et dont les innovations servent d’exemple et d’étendard au reste du monde. Mon idéal africain est celui d’un continent qui n’a pas renié ses valeurs et ses spécificités, qui ne les sanctuarise pas de manière figée, mais, au contraire, sait leur donner une nouvelle expression créatrice qui trouve sa place dans notre époque moderne.
* Meryam El Ouafi, Marocaine
Fondatrice et directrice générale du complexe touristique Chems Ayour Agadir et de la société GEMS (Green Engineering Mission SARL) d’irrigation durable par la nanotechnologie, elle a 32 ans.

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Meryam El Ouafi © DR

1/ En tant que leader, acteur associatif et politique, le projet qui m’anime est celui de redessiner l’Afrique et de relever ses défis, en matière d’éducation, de développement, d’inclusion de la jeunesse et de renforcement économique des femmes, en synergie parfaite avec les autres régions et pays africains. C’est dans ce sens que je travaille pour concevoir des programmes, des actions et des projets pouvant servir à promouvoir le Maroc et enrichir l’Afrique.
Mon ambition pour l’Afrique est d’apporter des solutions concrètes à la désertification, à l’insécurité alimentaire, à la sécheresse, aux changements climatiques et à l’exode rurale, qui sont tous des problématiques fortement liées. Tout en améliorant la qualité de vie des Africains et en créant plus d’opportunités d’emploi à travers notamment mon projet qui vise à introduire au marché africain, une technologie qui permet d’économiser entre 50 et 80 % de consommation d’eau, et améliore sa productivité alimentaire de 20 à 30 %.
2/ Je suis certainement une afro-optimiste, qui croit en la capacité des pays africains à se développer en sautant les étapes, dans une Afrique qui avance très vite et se conjugue plus que jamais au futur proche. Mon idéal africain serait de faire de ce continent une puissance moderne par ses initiatives, puissante par sa jeunesse et ses femmes, impressionnante par son inventivité et sa créativité. Une Afrique décomplexée qui dessine ses perspectives en ayant un œil sur le monde par le développement des infrastructures performantes, l’encouragement des initiatives entrepreneuriales et l’implication des femmes dans l’économie et la politique.
Grâce à ses ressources naturelles et humaines, et à travers la coopération entre pays africains et l’ouverture sur le monde, l’Afrique peut devenir à la fois l’eldorado qui attire les investisseurs et l’atelier du monde qui développe le commerce et les industries, et exporte son savoir-faire au monde.
* Khaled Igue, Béninois
Directeur des partenariats publics et institutionnels d’OCP International, finale de l’OCP, leader mondial du phosphate, il a 34 ans.

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Khaled Igue © DR

1/ Le continent africain est sans aucun doute à un tournant de son histoire. Même si les indicateurs macro-économiques sont au vert, les défis à relever restent encore importants. En même temps, le continent africain n’a pas à rougir, car il a fait d’énormes progrès dans le secteur de l’éducation en passant de moins de 5 % de personnes éduquées à la sortie des indépendances à près de 50 % de nos jours. Les pays africains devront trouver eux-mêmes des modèles socio-économiques et culturels pour relever les défis de la transition démographique, écologique et numérique. Par contre, pour y arriver, ils auront à forger des partenariats de premier plan gagnant-gagnant avec le reste du monde. Plus que jamais, le triangle de ressources à savoir la technologie, le financement et l’expertise est incontournable. Et c’est tout l’art du programme « Young Leaders » de la Fondation AfricaFrance. Créer un espace où de jeunes leaders africains et français pourront, par des innovations communes, construire des projets d’avenir basés sur l’intérêt commun, et ceci sur des générations.
2/ Mon idéal africain est tout simplement une Afrique qui ne se compare pas aux autres, mais qui s’assume, qui innove selon ses valeurs économiques, sociales, culturelles et politiques. Une Afrique contemporaine qui définit ses objectifs et fait tout pour les atteindre. Une Afrique qui échappe à une épistémè qui n’est pas le sien. Et enfin une Afrique qui est pionnière sur les questions écologiques et numériques, car dans 20 ans, les métiers d’aujourd’hui auront évolué, dans 20 ans, les modèles socio-économiques vont se renouveler. L’Afrique est le seul continent où les nouveaux modèles socio-économiques vont s’appliquer plus facilement à cause du modèle social très flexible, d’un cadre réglementaire très simple et favorable. Les Africains ont développé une résilience sur quatre siècles qui est devenue une vraie marque de fabrique.
* Aïssata Diakité, Malienne
Fondatrice et directrice de Zabbaan Holding, entreprise d’agroalimentaire et d’agrobusiness équitable engagée dans la valorisation des produits locaux.

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Aïssata Diakité © DR

1/ Jeune entrepreneur originaire d’une région très agricole du Mali dénommée Mopti, région où la pêche, l’élevage, l’agriculture et le tourisme sont les principales activités. J’ai été très tôt préoccupée par la transformation et la conservation des produits alimentaires. C’est ma passion, ma vision du futur africain et mon engagement pour le secteur agricole qui ont donné naissance à ma société Zabbaan Holding, une société bâtie autour de la valorisation des produits locaux à forte valeur ajoutée et du commerce durable et équitable avec le monde agricole. Objectif : concevoir des recettes originales, authentiques et à haute qualité nutritionnelle.
2/ Mon idéal africain est de promouvoir le consommer africain dans le monde entier. Mon constat est le suivant : la jeunesse actuelle est plus que jamais audacieuse, créative, connectée à l’immédiateté par la magie ou la puissance d’Internet. Elle bouillonne d’idées, d’envies et de projets. Elle a donc ce capital formidable, presque inépuisable, en elle qu’il est indispensable, pour ne pas dire légitime, de faire fructifier afin qu’elle puisse espérer trouver sa place, toute sa place, dans un monde en permanente mutation. C’est une précieuse ressource qui ne peut être entreprise et réussir qu’avec la totale confiance et l’indéfectible accompagnement de ses aînés, riches d’expériences, pertinents dans leurs conseils et empreints d’une sagesse maîtrisée. Mon idéal est d’être un acteur-clé du développement et un partenaire fiable d’une croissance maîtrisée, volontaire et entraînante autour de valeurs d’entrepreneuriat, de coopération, d’innovation et de responsabilité.
* Éric Pignot, Français
Cofondateur et directeur d’Enko Education, groupe d’excellence de 750 élèves dans cinq pays : le Cameroun, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mozambique, l’Afrique du Sud, il a 38 ans.

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Eric Pignot © DR

1/ La population du continent doublera dans les 30 prochaines années. Plus d’un milliard d’enfants naitront au cours de cette période. Cette jeunesse est l’opportunité majeure du continent, et doit être formée pour accomplir son potentiel. A Enko Education, nous établissons un grand réseau panafricain d’écoles secondaires internationales préparant la jeunesse africaine aux défis de demain. Nos huit écoles présentes dans cinq pays préparent nos élèves à intégrer les meilleures universités mondiales tout en leur faisant prendre conscience des opportunités qui se multiplient autour d’eux dans leurs communautés. Ainsi, nous espérons libérer le potentiel des élèves en Afrique pour un brillant avenir.
2/ Mon idéal africain est une Afrique qui saute des générations technologiques. Le continent a démontré son ouverture aux innovations technologiques en passant massivement aux technologies mobiles – communications, paiement … – sans déployer de réseaux fixes ou se bancariser dans des réseaux traditionnels. Le continent est prêt pour sauter une génération en matière d’éducation. La mise en place de services éducatifs innovants qui répondent aux besoins spécifiques des enfants et qui s’intègrent dans leur environnement, offre une opportunité inouïe de répondre aux enjeux de croissance démographique et de qualité. Les réseaux sont prêts, les équipements – smartphones, tablettes et autres – n’ont jamais été aussi abordables. Il reste à trouver le catalyseur pour l’éducation, tel que les opérateurs télécoms l’ont été pour les communications.
* Arnaud Blanchet, Français
Fondateur et directeur de Last Mile for BoP, entreprise sociale utilisant les technologies mobiles pour moderniser les réseaux de distribution informels et réduire les inégalités sociales, il a 35 ans.

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Arnaud Blanchet © DR

1/ Last Mile for BoP développe une application mobile pour les épiciers informels installés dans les bidonvilles et zones rurales. L’application leur permet de comparer les prix de gros, de commander leur stock au meilleur prix et d’accéder à des formations et à de nouveaux services (assurances, crédits). Nous améliorons l’efficacité des épiceries pour réduire leurs prix de vente et les ruptures de stock qui pèsent lourdement sur leurs clients. Nous favorisons aussi la distribution de produits sociaux comme les lampes solaires, les filtres à eau ou la nourriture fortifiée. Nous modernisons le secteur de la distribution informelle encore très important en Afrique afin de mieux servir les clients pauvres et développer les économies locales.
2/ Je souhaite participer à l’émergence d’un continent africain connecté, plus équitable et stable qui mette en valeur ses richesses naturelles, humaines et culturelles au bénéfice de l’ensemble de sa population. Atteindre cet idéal requiert l’implication de tous et passera notamment par l’amélioration de la gouvernance publique, des investissements en infrastructures, un rattrapage technologique et le développement de l’économie sociale, solidaire et locale. Nous participons à la réalisation de cet objectif en développant l’usage des technologies dans les épiceries informelles, en diminuant les prix des biens de première nécessité et en favorisant l’accès aux énergies propres et aux innovations sociales.
* Stéphanie Quoioh, Ivoirienne
Fondatrice et directrice générale d’Archive Expert, cabinet d’archivage numérique, elle a 32 ans.

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Stéphanie Quoioh © DR

1/ Cette promotion est pour moi un tremplin me permettant de mettre en exergue mon rêve d’entrepreneur africaine qui veut changer les choses grâce à l’innovation. L’enrichissement de l’Afrique ne peut se faire que par des initiatives nouvelles qui cadrent avec nos réalités africaines, notre mode de vie, notre environnement, nos valeurs. Cette volonté de me transcender et de sortir des stéréotypes, je l’ai acquise très tôt, parce qu’issue d’un quartier populaire. J’ai refusé cette auto-résignation qui consiste à penser que tout est joué d’avance. De fait, j’ai décidé de me battre pour atteindre les sommets. C’est l’envie de porter haut cette voix de l’Africaine d’aujourd’hui qui a sous-tendu ma candidature à ce programme, ainsi que celle de partager mon expérience, d’apprendre des autres et de communiquer mon rêve et mes acquis aux miens.
2/ Mon idéal africain, c’est l’ensemble de ces 20 Young Leaders qui constituent cette promotion. De jeunes hommes et de jeunes femmes, des cadres, des chefs d’entreprise, des membres de la société civile, qui osent. Cette audace qui nous caractérise tous, et qui fait que nous voulons prendre la parole, donner de la voix pour améliorer nos conditions de vie, celle de notre continent. Mon idéal africain, c’est exceller dans son domaine d’activité, c’est aussi innover, être intègre et gouverner pour le bonheur de son peuple. C’est ensemble, j’en suis convaincue, que nous bâtirons cette Afrique idéale, pour nous, je l’espère, mais pour nos enfants, j’en suis sûr.
* Alexandre Coster, Français
Fondateur et directeur de Baobab+, entreprise sociale qui a pour vocation, à travers tous les produits innovants, de répondre aux besoins d’accès à l’énergie, au digital et à l’eau potable en Afrique, il a 36 ans.

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Alexandre Coster © DR

1/ L’innovation est aussi bien dans les produits que dans leur distribution, mais également dans leurs systèmes de financement afin qu’ils deviennent accessibles aux populations rurales africaines. Nous distribuons ainsi nos produits solaires via des réseaux d’institutions de microfinance comme Microcred qui propose le financement à leurs clients, via notre propre réseau avec le modèle de Pay-As-You-Go (PAYG). Pour l’accès au digital, Baobab+ a développé des tablettes éducatives pour répondre aux besoins de toute la famille, mais aussi une solution de caisse digitale ultra design et simplifiée permettant aux entrepreneurs d’enregistrer leurs ventes, de gérer leur stock, ou de suivre leurs marges, afin d’optimiser la performance de leur activité. Avec nos solutions d’énergie solaire ou digitales, nous prévoyons de toucher plus de 1million de personnes d’ici 5 ans qui pourront accéder à l’eau potable et résoudre ainsi d’énormes problèmes de santé.
2/ Notre idéal africain est de participer à l’amélioration des conditions de vie, mais également au développement socio-économique du continent. Au-delà, nous avons l’ambition de devenir des témoins, des ambassadeurs de l’entrepreneuriat en Afrique afin d’inspirer de futurs entrepreneurs africains. Nous souhaitons faire savoir que l’Afrique a un énorme potentiel de développement et est un énorme marché pour des entrepreneurs innovants.
* Daouda Hamadou, Nigérien
Fondateur et directeur de Novatech-Niger, entreprise de télécommunications, de conseils et de formation, il a 36 ans.

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Daouda Hamadou © DR

1/ L’Afrique a toujours été le continent aux multiples facettes et contrastes, mais, en même temps, une terre qui possède d’immenses richesses aussi bien naturelles qu’humaines. L’une de ses plus grandes richesses est surtout sa jeunesse qui représente un véritable défi pour les gouvernements. Avec une population très jeune, l’Afrique doit absolument mettre en œuvre des stratégies pour assurer sa stabilité et sa croissance afin de garantir un développement durable pour les générations futures. Parmi ces stratégies, l’entrepreneuriat des jeunes dans le numérique doit absolument figurer. Pour moi, en formant les jeunes Africains dans le numérique et en les aidant à créer des start-up technologiques innovantes, l’Afrique va, non seulement, vite rattraper son retard, mais, en même temps, va également trouver ses propres solutions adaptées à ses contextes propres. Mon espoir est que le programme Young Leader Africa-France facilite les échanges et les transferts de compétences entre la France et l’Afrique.
2/ Issu d’une famille de chefferie, je m’inspire énormément des valeurs qui incarnent nos traditions africaines. Parmi ces valeurs, le respect, la solidarité et le travail. En tant que jeune Africain, je suis absolument convaincu que le respect mutuel, aussi bien entre les individus et les peuples, est un gage de stabilité pour le continent. Le respect et l’acceptation des différences culturelles doivent être une opportunité, et même une fierté pour tous les Africains, surtout si nous remontons dans notre passé récent où les grands royaumes étaient constitués de nombreux pays d’aujourd’hui. Aucun peuple ne peut se suffire à lui seul : le panafricanisme, tant cité dans de nombreux discours, doit être une vraie réalité. Nous gagnons beaucoup d’avantages à être solidaires entre Africains en unissant nos forces afin de faire face aux multiples défis que rencontre notre continent. Nous n’avons aucun autre choix que d’œuvrer main dans la main pour assurer notre croissance économique, culturelle et sociale. Le travail est sans nul doute la seule garantie qui peut nous propulser encore plus loin pour atteindre tous les ambitieux objectifs de développement auxquels nos États aspirent. L’amour du travail bien fait, avec passion et persévérance, peut sans nul doute booster les économies africaines.
* Ilhame Maaroufi, Marocaine
Directrice finances, ressources et support de la société d’aménagement Zenata, filiale de la Caisse des dépôts et de gestion (CDG), à 38 ans, elle veut créer un espace d’échange et de partage entre aménageurs africain et français.

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Ilhame Maaroufi © DR

1/ Mon projet professionnel n’a pas seulement l’ambition d’enrichir l’Afrique, mais de restructurer le continent. L’Afrique s’urbanise à un rythme accéléré, 49 % de sa population sera urbaine à horizon 2035 contre 40 % aujourd’hui. Cette urbanisation rapide est une opportunité à condition qu’elle soit accompagnée par une urbanisation des capitaux. En l’absence de densité économique, les villes africaines demeurent faiblement connectées et leur économie peu compétitive, creusant davantage le déficit économique des pays. Il ne s’agit donc pas de créer des richesses mais de repenser la gestion des espaces à travers tout le continent. Ce constat appuie le rôle fondamental que joue l’aménagement urbain dans la transformation du continent. Pour relever le défi, il est urgent de redessiner des espaces productifs qui permettent l’inclusion et l’équité sociales, la création d’emplois, la mobilité… Les villes éco-conçues constituent dès lors l’espace où tout devient possible.
2/ Mon idéal est une vision stratégique commune pour créer un continent fort. Un continent qui transforme l’essai de la prochaine décennie en investissant les secteurs sans lesquels aucun développement ne sera pérenne, à savoir la santé, l’éducation et la justice. Mon idéal est une Afrique qui tire profit de son urbanisation et de son dividende démographique afin de créer une croissance économique sans précédent. Cette croissance est la chance pour notre continent de développer son capital humain, de réduire significativement le ratio de pauvreté, d’améliorer les conditions de vie, d’encourager l’entrepreneuriat, de faciliter l’accès aux services et aux financements, de s’affranchir de sa dépendance vis-à-vis de ses ressources naturelles, de développer les secteurs manufacturiers et les services afin de s’ouvrir sur le monde et s’imposer enfin comme un acteur incontournable.
* Aziz Diallo, Ivoirien
Directeur de Canal+ Côte d’Ivoire, distributeur de bouquets de télévision payante, il a 37 ans.

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Aziz Diallo © DR

1/ Très engagé dans l’industrie des médias en Côte d’Ivoire, je suis entré dans le programme Young Leaders de la fondation AfricaFrance avec deux objectifs : m’enrichir au contact des autres hauts potentiels sélectionnés et partager ma modeste compréhension et expérience du monde des affaires en Afrique de l’Ouest, afin qu’ensemble nous dessinions les contours de la prochaine Afrique, d’une meilleure interaction entre le public et le privé et des relations avec la France et l’Europe.
2/ ​Je rêve d’une Afrique unie, solitaire, performante avec une gouvernance optimisée et résiliente, ainsi qu’un secteur privé innovant et agile. Les sessions riches de cette semaine m’ont ouvert les yeux sur l’économie circulaire et l’opportunité industrielle que nous pouvons créer autour du gaspillage actuel de matières organiques (déchets agricoles surtout) que nous pouvons transformer localement en énergie verte (biomasse)… Au-delà de ce thème sur l’économie circulaire, je pense que nous devons sortir de la réplication systématique de modèles occidentaux ou orientaux maintenant, mais apprendre à mieux comprendre la réalité de notre situation, et utiliser nos ressources humaines et naturelles pour rattraper notre retard technologique et économique.​
*Anjeelee Chinamal, Mauricienne
Directrice régionale Afrique de l’Ouest d’Abax Services, société de services fiduciaires, de conseils et d’affaires, elle a 32 ans.

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Anjeelee Chinamal © DR

1/ Le cœur de métier d’Abax, la société mauricienne que j’ai à charge de développer en Afrique de l’Ouest réside dans la structuration et l’administration de sociétés engagées dans des flux de commerce et d’investissement vers et depuis l’Afrique. Nous sommes en quelque sorte l’huile dans les rouages des investissements directs étrangers sur le continent. Notre rôle auprès des entreprises africaines, tout particulièrement des PME familiales, consiste à les aider à passer une étape de sophistication dans leur structure de gouvernance, que ce soit pour leur comptabilité ou leurs processus de décision. En bref, nous les aidons à monter en gamme ! C’est aussi le meilleur moyen de leur donner la possibilité d’entrer sur les radars des capital-investisseurs.
2/ Je suis née sur une île africaine de l’océan Indien, puis j’ai voyagé et travaillé en Afrique de l’Est, en Afrique australe et je suis désormais basée à Abidjan. Aujourd’hui, l’Afrique se connecte et communique avec elle-même comme elle n’avait jamais pu le faire. Une vraie conscience panafricaine est en train de s’enraciner et je crois beaucoup à la multiplication des liens entre les différentes régions de l’Afrique. Je rêve d’une Afrique unie, plus forte, ouverte sur le monde et confiante en son avenir. Je crois que le projet des Young Leaders Africa France va dans le même sens, en mettant en avant des jeunes qui croient à ces valeurs pour l’Afrique. Il est certain qu’une nouvelle génération est en train de prendre le relais en Afrique. J’espère que nous serons fiers de ce que nous aurons accompli !
* Nick Ntahokaja, Rwandais
Directeur d’une société régionale agricole, également à la tête d’une banque digitale, il a 28 ans.

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Nick Ntahokaja © DR

1/ L’agriculture étant l’activité principale de ma région, j’ai pensé la développer en impliquant les jeunes. C’est ainsi que j’ai conduit 21 334 jeunes à pratiquer l’agriculture pour se nourrir, mais aussi pour vendre au marché. Le deuxième projet important à retenir mon attention, c’est l’éducation. Par ce biais, j’ai assuré une sorte d’alphabétisation digitale qui a permis de familiariser des jeunes du niveau du secondaire aux ordinateurs, de s’alphabétiser sur les plans littéraire, culturel et artistique, notamment des filles de 15 à 28 ans. De quoi les instruire en français, mais aussi en swahili, et d’être capables après de faire leurs comptes, de fabriquer des produits et de les vendre. Enfin, il s’est agi pour moi de les sensibiliser au civisme et à l’entrepreneuriat avec des structures de microcrédits.
2/ Mon idéal africain est de faire corps avec sa communauté et son voisinage dans un esprit d’entraide et de confiance. Il est aussi de faire le maximum pour le respect des droits de l’homme et pour plus de tolérance contre tous les despotismes. C’est tout le sens des valeurs politiques, sociales et économiques qui sont contenues dans le civisme.

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